La schizophrénie

De toute évidence ce week end, vous étiez tous en vadrouille sous le soleil.

J’ai déjà du faire un article sur la schizophrénie. Il me suffirait sans doute de lancer une recherche pour le savoir, mais bon, autant écrire et lire quelque chose de frais (mais sans glaçon).

Alors la schizophrénie fait partie des pathologies mentales (psychose), qu’on aurait appeler autrefois les maladies mentales et que bien des personnes appellent encore « la folie ». Bref, la schizophrénie c’est une psychose. C’est à dire que la personne est déconnectée de la réalité. Elle vit ‘dans son monde’, avec délire, interprétations et parfois hallucinations.

Il y a différentes schizophrénies. En fait, c’est surtout le thème du délire qui diffère. Mystique, petites bêtes, voix, espionnage, tout est bon…

Les médecins, les neuropsy, vous diront tous que la schizo c’est génétique. Certes, on retrouve plus de schizophrènes dans les familles où il y en a déjà que dans les familles où il n’y en n’a pas. Logique. Ce qui sous-entend une « transmission » de cette pathologie. Ce que les médecins oublient de dire, c’est que ce n’est pas parce qu’on est porteur du « gène » de la schizophrénie qu’on est obligé de le devenir. C’est une question de circonstances, de traumas (internes/externes), de vécu, de facteurs multiples. Pour résumé, ce n’est pas parce que votre mère a été schizophrène que vous le deviendrez. Mais il est clair que si vous vivez dans la peur de devenir comme maman, le stress et les angoisses générées, risquent fort de vous entraîner sur la pente.

Il y a 2 moment dans la vie où on peut devenir schizophrène. N’importe qui peut le devenir, dans une problématique génétique, il faut bien que ça arrive un jour…

Cela peut arriver en fin d’adolescence (autour de 17 ans). C’est une schizophrénie dont on peut guérir… si on est pris en charge.

Cela peut arriver sinon vers 35 ans. C’est une schizophrénie dont on ne guérit pas. Une fois que vous y êtes, vous y restez. Les antipsychotiques qu’on pourra vous prescrire ne serviront qu’à ne pas plonger dedans et à ne pas être dangereux pour vous et pour les autres, mais en général les schizo ne prennent pas leurs médocs… Mais même sous traitement, il y a des degrés dans la schizo. Certains patients racontent combien leur parent devenu schizophère a « disparu » et comment ils ont « disparu » dans les yeux de ce parent. D’autres malades seront capables d’avoir des moments de lucidité, d’autres peuvent mener une vie quasi normale.

Ne croyez pas que la schizophrénie apparaît comme ça, clac, c’est là. Non, en fait ça vient progressivement mais il existe des petits symptômes peut interprétables pris séparément. L’entourage vous dit souvent qu’en fait il y avait bien des comportements bizarres mais compréhensibles a posteriori. Par contre le basculement se fait assez brutalement.

Pourquoi est-on schizophrène ? je vous expliquais plus haut que les neurologues et les généticiens vous parleront de gène, de perturbation chimiques dans le cerveau… Ok je veux bien. Mais ça ne nous dit pas pourquoi ça se déclenche. Par exemple, nous sommes tous programmés pour avoir des cancers et même mourir. Pourtant certains en déclenchent d’autres pas. Nous mourrons tous c’est vrai. Mais pas dans le même état et pas au même âge. De multiples facteurs internes (état psychique) et externes (environnement) manipulent l’expression de ces potentialités permettant ou inhibant la mise en place de certaines pathologies.

Vous allez faire ce que vous voulez de ce que je vais vous dire, parce que là ce que je vais écrire n’engage que moi :  je pense que la schizophrénie est un mécanisme de défense.

C’est d’ailleurs pourquoi je « donne le choix » à mes patients d’entrer en schizophrénie ou pas.

Je sais cela fait hurler certains pro qui me lisent. N’empêche, les patients qui glissent, les schizotypiques par exemple ou ceux qui tendent à vouloir à présenter des personnalités multiples, je les préviens qu’ils risquent de devenir schizo et qu’y entrer ou pas ne tient qu’à eux. Allez savoir pourquoi, mais je n’en n’ai jamais trouvé un seul qui faisait le choix de la schizophrénie. Et pourtant croyez moi parfois ça leur demande un sacré boulot de lutter contre le délire qui se met en place, de lutter contre les interprétations qu’ils ont tendance à faire, de contrecarrer ce qu’ils croient comprendre et de rationaliser. Mais ils y arrivent et la psychothérapie sert justement à retravailler les interprétations, à leur montrer où ça dérape. Je ne dis pas que c’est parfait, je dis juste qu’ils ne basculent pas.

Ainsi une de mes patientes me disait que parfois délirer ça fait quand même du bien. Je comprends parfaitement et je ne vais pas lui interdire de « partir en vrille », d’abord ce n’est pas mon rôle, ce serait un contre transfert en plus, mais notre travail ensemble va consister à comprendre où et quand c’est possible et où et quand il ne vaut mieux pas (au travail par exemple).

Maintenant vous me demanderez c’est un mécanisme de défense contre quoi ?

Bonne question.

Contre un monde qui ne leur convient pas. Ce sont souvent des patients qui ont un vécu psychologiquement traumatique (soit par négligence soit par violence…) et qui se créent un « monde de bisounours » (comme dit un de mes patients). Pourtant ce monde bisounours, moi perso, je ne le trouve pas toujours très rose, il y a beaucoup de « méchants » dans ce monde. Normal puisque le monde est perçu comme agressif et que pour contrecarrer là encore le malade s’imagine un monde différent dans lequel tout le monde l’aime, s’occupe de lui, le protège. Bref, c’est un grand gosse qui via une certaine manipulation tout compte fait oblige les autres à se centrer sur lui. Attention, il n’y a pas d’aspect dépressif ni suicidaire ici.

J’ai entendu des patients me raconter comment ils rentraient dans le délire de leur parent et s’en servait pour se venger de ce parent. En fait le parent ne s’en rendait pas compte et l’enfant lui le faisait en espérant lui faire mal, se moquer de lui, l’humilier. Mais en fait le malade était plutôt content car on l’aidait à délirer sur un sujet qui lui convenait. Un exemple (vous aimez les exemples) : un homme me racontait que lorsqu’il était ado, sa mère schizophrène lorsqu’elle délirait se disait amoureuse du voisin et était persuadée qu’elle vivrait avec lui. Lui s’amusait à faire croire à sa mère qu’il était ce voisin, lui faisait des promesses et sa mère lui faisait des déclarations d’amour. Il disait vouloir faire mal à sa mère, il voulait se venger qu’elle ne soit plus présente, il arrivait juste en fait à lui faire plaisir (et ça devenait incestueux en plus).

Bref, à un moment la réalité n’est plus supportable. C’est une accumulation de petites choses ou de grands événements qui fait que le malade se « déconnecte » de la réalité.  Pour moi il fait le choix de ne plus voir la réalité. Les émotions générées (souvent négatives et ingérables car intenses chez le schizo) sont insupportables, il faut sortir de ce monde et en créer un autre. La psychothérapie, c’est donc dire maintenir le malade dans la réalité et lui permettre d’être adapté à cette réalité afin que ça ne génère plus un trop plein d’émotions.

L’arrêt de la psychothérapie pour ces patients qui glissent est une catastrophe. J’ai ainsi vu une de mes patientes de 34 ans mettre fin à sa thérapie sur un coup de tête parce qu’elle allait mieux et qu’elle arrivait à gérer les situations inconnues. Elle est revenue 1 an plus tard, elle avait « régressée » ou plutôt elle avait fait un grand bond vers la schizophrénie. Elle délirait, interprétait, vivait dans son monde. Elle ne voulait pas aller voir un psychiatre. « Je ne suis pas folle ! » m’a-t-elle dit, « je n’ai aucune pathologie ! » alors qu’elle venait de me dire qu’elle n’avait pas été cherché ses gamins à l’école et qu’ils y resteraient cette nuit et qu’elle voulait suivre son compagnon à son travail parce qu’il devait la tromper avec ses 3 collègues… Alors on a décortiqué le délire, elle a fini par dire qu’elle aimait ses enfants. Elle est repartie plus « carrée » et a été chercher ses gamins (dans un besoin urgent de les avoir avec elle) et n’a pas suivi son compagnon.

Je suis sûre que vous allez avoir plein de questions

schizophrenie2

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