le « monstre colère » intérieur

Vous connaissez bien maintenant je pense la notion ‘d’enfant intérieur’ qui renvoie à un effet dissociatif des traumatismes. L’expression d’enfant intérieur peut être mise au pluriel, vous l’avez compris aussi en cas de traumas qui se répètent au cours de la vie plusieurs dissociations peuvent cohabiter.

Mais si on part si un individu « coupé en 2 » pour faire simple, quelqu’en soit les raisons, il cohabite souvent ce que j’appelle « le monstre intérieur ».

Prenons Catherine.

Catherine a aujourd’hui 40 ans. Elle a un bon job mais qui ne lui plait pas. Elle n’a rien trouvé d’autre alors elle a pris, mais elle est sans cesse sous pression. Son boss passe son temps à lui demander des résultats mensuels en augmentation, elle  a beaucoup de choses à maîtriser et il existe une mise en concurrence entre collègues. C’est difficile, elle vit tout cela très mal et a l’impression d’être une abrutie du fait de ses difficultés à tenir la cadence.

Une fois rentrée à la maison, son compagnon est un type sympa mais un peu lent. Ca l’a met ‘hors d’elle’. Elle craque, l’insulte et balance des objets contre les murs.

Lorsque je la vois, je lui demande immédiatement qu’est ce qu’il fait qu’elle se sente si dévalorisée. Pourquoi croit-elle qu’elle n’existe pas ? Pourquoi est-elle une petite fille qui est niée dans ses compétences et son savoir ?

Elle est étonnée « c’est totalement ça ! ». Ca remonte à son enfance. Sa sœur aînée à toujours été la chouchoute de ses parents et sa famille. Elle n’avait jamais besoin de forcée pour réussir quoi que ce soit et elle réussissait tout. Personne ne s’intéressait vraiment à Catherine et quand elle parlait on ne l’entendait pas.

« Ah » lui dis-je « et maintenant lorsque vous croyez qu’on vous nie, vous ouvrez un couvercle et votre « monstre colère » sort de sa boîte pour tout balayer et vous venger ? ».

Et oui…. Parce que l’enfant contrarié, niée, dévalorisé fini par ressentir de la colère, sauf que soit il n’a pas le droit de la penser, soit il n’a pas le droit de l’exprimer soit ça ne sert à rien.

Alors il existe une espèce de boîte ou un puits, chacun sa symbolique. Et tout au fond est tapi le « monstre colère ». Au début, face au stress dans lequel la personne se sent dévalorisée ou niée, le couvercle s’ouvre et la montre sort. Et comme face à la colère, l’interlocuteur ne comprend pas (ou fait mine de ne pas comprendre) ou se met à être dévalorisant, le « monstre colère » se transforme en « monstre rage ».

Un monstre qui vient défendre l’enfant intérieur qui revit le déni de son existence, de son poids psychique. Et qui ne pouvant se défendre car triste ou recroquevillé dans un coin, dissocie sa colère. Qui devient autonome. Bref, le « monstre colère » est un mécanisme de défense pour exister. La personne devient fort, puissante, elle crie, elle existe, on la voit, on l’entend.

Le problème est que le « monstre colère » permet d’obtenir l’effet inverse de celui recherché : au lieu d’être entendue, au lieu d’être prise au sérieux, la personne en colère n’obtient que mépris, mise à distance et désintéressement (pour ne pas dire désinvestissement) de son interlocuteur ! Pour un enfant qui veut qu’on l’aime, qui veut être entendu et qui veut montrer qu’il existe, c’est dommage, parce qu’il obtient tout l’inverse. Et le « monstre colère » tend à être de plus en plus souvent là.

Alors l’adulte va devoir apprendre  à maîtriser son « monstre colère » car si il a été utile, ne lui enlevons pas son caractère de sauveur dans l’enfance, il ne peut pas être utilisé partout. Mais surtout, il faut entendre et accepter l’idée que ce n’est pas parce que quelqu’un n’est pas d’accord avec vous ou qu’il émet une vision différente ou qu’il vous met la pression qu’il cherche à vous dévaloriser, à vous nier et même à vous détruire. Vous avez vos idées, c’est votre droit. Pourquoi faire à l’autre ce contre quoi vous vous défendez ? Vous voulez qu’on entende votre vision et vous n’entendez pas la vision de l’autre. Et après vous vous étonnez que l’autre fasse aussi appel à son « monstre colère » !

Vous comprenez aussi que remettre le « monstre colère » dans sa boîte, demande aussi de sortir l’enfant intérieur de sa souffrance et lui expliquer que son monstre colère, car c’est le monstre de l’enfant traumatisé en l’oubliez pas, ne l’aide plus. N’oubliez pas non plus, que du coup ce « monstre colère » est une dissociation et que lui aussi il faudra le réassocier.

Pour savoir comment, ça prend du temps et vous voyez avec votre psychologue préféré !

monster.jpg

 

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44 réflexions sur “le « monstre colère » intérieur

  1. Je sais pas pourquoi je me sens concernée Vergi! 😉
    Comment faire la différence entre ce monstre colère et une colère légitime? Comment savoir que cette colère est dirigée contre la bonne personne ou pas? Je me demande à quelle moment les personnes dissociées arrivent à être vraiment elles-même surtout s’il y a plusieurs dissociations!
    Par contre, pas cool! tu nous laisses sur notre fin! 😜

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    1. Il n y a quasiment.pas de colère légitime. La colère c est l’instinct de survie, ce qui pousse à détruire l’autre pout ne pas être détruit. Or l’autre cherche rarement a nous détruire REELLEMENT.

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  2. Le monstre colère peut il juste se retourner contre lui même, enfin c’est à dire que la colère n’est pas exprimée sur les autres (pas d’explosion à l’extérieur) mais juste envers soi même (autodestruction) ?

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  3. Mon monstre à moi était un loup…Parfois loup de mer…En rêve, il m’arrivait de l’enfermer dans une boite tupperware pour le passer au micro onde. Une cuisson à l’étouffée…Et puis un jour j’ai trouvé comment l’accommoder. Je ne peux pourtant pas donner la recette…

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  4. Alors mon monstre colère, sois ça explosé alors que cela n’était pas adapté. Mais très souvent, je crois qu’il se retourne contre moi. Très souvent, la colère je la ressens contre moi et souvent avec violence. Style en mode autodestruction.

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    1. C est quand la « censure » est plus forte que l instinct de survie. Normalement, les personnes qui ne vont pas bien s’en prennent aux autres plutôt que s’en prendre a elles mêmes, autant que ce soit l.autre qui « meurt’plutot que soi. Mais quand la censure (le « ça’) est trop fort, il est interdit de penser du mal de l’autre ou de lui faire du mal, alors on s’en prend à soi pour se punir (automutilation) ou pour s autodétruite (suicide). La peur et la Loi de l’autre dominent. Plutôt se faire mal à soi qu’à l’autre.

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      1. Est ce que ce monstre colère peut être une représentation d’un agresseur ou d’une personne qui a passé sa vie à vous dévaloriser? Par exemple un parent… Oui, ça peut être un monstre dévalorisant.

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  5. La colère est une énergie énorme. C’est vrai qu’on a l’impression, quand on la ressent, qu’elle vient au secours de quelque chose. On se sent puissant et en plus, elle balaye toute peur… Donc, s’il n’y a pas de colère légitime, comment refrener ce tsunami qui fait qu’à un moment donné on se sent « légitime » justement? Notre enfant interieur peut-il à ce point déformer notre perception de la réalité? Quand, dans notre vécu, on n’a pas d’explication aussi claire que dans celui de Catherine, comment sortir de cette mauvaise perception? Je conçois que l’on peut sortir l’enfant interieur de sa souffrance meme si je ne vois pas bien comment faire. Mais à quoi peut on réassocier notre monstre colère?

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  6. Un versant colérique, très colérique.. à hurler sur mon mari comme une sauvage, à avoir envie de me casser la gueule,
    Un versant dépressif très dépressif et en insécurité perpétuelle à attendre le pire, a avoir envie de se suicider..
    Et au milieu je compose, en essayant d aller de l’avant..
    Comme l impression d’être concernée par la dissociation..

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      1. Je ne sais pas trop. La première idée ce serait ma famille (parents frères et soeurs). Ceux qui ne voulaient pas voir ma souffrance, ceux qui ne voulaient pas prendre en compte mes besoins ( besoin d exister, d être rassurée, valorisée). Mais si c’est cela que cela me semble vieux. Le temps est passé pourquoi la rage et la révolte n ont pas voulu se barrer bien gentiment. Ça me met en colère pardi!

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        1. Parce que ce n est pas règlé ! Les souffrances psychiques non « traitées » ne disparaissent pas, elles s’etalent à tout l’environnement.

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  7. Sujet très intéressant.
    On a tous, je crois, un monstre colère en soi, + ou – présent et + ou – monstrueux…
    Tu ne voudrais pas continuer cet article ?
    🙂

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    1. J ai réfléchis a ta question. Je pense que les enfants sont investis, percus et èduqués en fonction de notre propre enfance. On refait ou au contraire on ne veut surtout pas refaire ce qu’on fait nos parents, donc soit on leur fait vivre ou surtout pas revivre ce que nous avons vècu enfant. Ce n est pas une question d’enfant intèrieur (qui en tant qu’enfant est bien incapable de prendre soin de lui et encore moins que quelqu’un d’autre) mais bien d’expérience de vie.

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  8. J’ai été comme ça, je ne le suis plus depuis quelques années.
    Ma fille a été comme ça, elle l’est de moins en moins.
    Par contre, j’ai été « victime » cet été du « monstre colère » de l’homme dont je suis amoureuse. Il l’appelle « mon monstre » d’ailleurs.

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  9. En fait, j’ai appris à considérer la colère pour ce qu’elle est : une alerte. Une alerte qui dit « mes valeurs ne sont pas respectées » ou « on essaye de me nuire ». Je prends le temps de l’identifier, puis j’essaye de comprendre le pourquoi de cette alerte, ensuite j’agis en conséquence, dire stop à mon interlocuteurs en refixant mes limites, tourner les talons quand il ne sert plus à rien de discuter, ou réévaluer mon positionnement si je me suis alarmée trop vite.

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  10. Très bon article très intéressant. Par contre comment faire justement pour que ce monstre colère sorte. Je sais que je devrais être en colère après plusieurs personnes et pourtant il m’est impossible de me mettre en colère. Je me retrouve plutôt comme dans un commentaire precedent dans l’autodestruction. Toute cette colère est en moi et pour moi.

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      1. Effectivement la peur est bien là. La peur de l’inconnue, je ne sais pas de quelle façon va sortir ce monstre colère. Et il faut avouer que c’est beaucoup plus facile de s’autodétruire se censurer plutôt que de faire face à une violence et la perte de contrôle.

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      2. Tu dis quand fait, il n’y a jamais de perte de contrôle pourtant ça m’est arrivée 2 fois au travail. Je ne contrôlais ni mes paroles ni ce que je faisais. Je me souviens d’une énorme violence en moi et le besoin de l’être. Et une de mes collègues est venue me dire que les 2 fois, elle ne m’avais pas reconnue. Elle avait eut l’impression d’une autre personne en face d’elle. Depuis ce jour, j’ai peur de cette colère et du coup je la ressens souvent contre moi.

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        1. Ben oui elle n avait.pas l’habitude de te voir en colère. Tu as peur de quoi ? Qu’elle ne te reconnaisse pas ? Elle se retourne contre toi parce qu’elle ne sort plus.
          Mais pourquoi es tu si en colère ? Quel est le mècanisme ?

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  11. En ce qui me concerne je n’ai encore jamais perdu le contrôle mais je sens que ça va arriver et Ca me terrorise. Je pense que ce sera sûrement violent. Je l’imagine très souvent cette perte de contrôle. Peut être qu’inconsciemment je l’attends cette colère mais si pour une fois elle pourrait se diriger vers les bonnes personnes ce serait bien. Mais comment sortir cette colère et ouvrir le couvercle sans faire du mal autour.

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  12. Salut…Moi je ne me suis jamais mise en colère, du moins de mes souvenirs les plus lointains (4 ans) à aujourd’hui (23 ans)!
    Mes parents ne me l’autorisaient pas et aujourd’hui je ne ressens pas du tout le besoin de me mettre en colère même quand quelque chose m’énerve fortement. J’ai développé un mécanisme sympa : la prise de distance immédiate :), je relativise très très rapidement. Aujourd’hui, je ne ressens ainsi plus rien à ce niveau (niveau colère). J’ai l’impression d’avoir acquis une certaine paix intérieure…Par contre, ca énerve fortement mon entourage qui ne comprend pas pourquoi je ne me fâche jamais. Ils associent ça souvent à un manque d’affirmation ou une peur de s’imposer, ou des conflits ect, un manque de personnalité ect…Si c’était bien le cas avant, aujourd’hui je ne ressens juste pas de colère c’est tout et je me sens bien. Je ne vais faire semblant non plus!
    Par contre, au niveau de la tristesse ce n’est pas encore ça, j’ai beaucoup de moment de bas. Je ne sais pas si cela pourrait avoir un lien.

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    1. Et si. Car la colère a été interdite. Si elle n a pas besoin de s exprimer, elle reste un mécanisme archaïque de defense. Alors relativiser oui, c’est bien mais à condition que cela repose sur un psychisme zen et pas sur un conditionnement négatif.

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    2. Je connais bien ce mécanisme de prise de distance immédiate. C’est une telle habitude, un tel réflexe, que cela en devient naturel. Mais c’est une illusion. Se confronter à la vie c’est éprouver parfois de la tristesse, de la colère… Alors oui, il est possible de déconnecter la prise et de ne pas les ressentir. Ça fait une belle gommette sur le bulletin pour papa et maman, ou même pas en fait. Mais ces émotions existent et croupissent de ne pas être entendues, de ne pas livrer leur message. Personnellement, j’en suis tombée malade. Et ce n’est qu’aujourd’hui, à 40 ans, que j’apprends à remettre la prise. Il y a parfois encore des ratés, de la rage à la place de la colère, du désespoir à la place de la tristesse… Mais globalement cela fait son chemin. J’apprends à m’écouter.

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  13. Oui pkoi cherchez à s’enerver ?comme dirait le proverbe
    « Si quelqu’un t’a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre »

    même si ça n’a pas beaucoup de sens à moins d’être patient XD

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      1. Bah après la colère reste une réaction humaine qui peut tout à fait être justifier,et quand bien même elle n’arrange rien pour nous elle n’arrangera rien pour la personne qu’on déteste aussi

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        1. La colère est une émotion essentielle nécessaire pour survivre. Sauf que les cas de situations de survie sont assez rares dans notre Société, pour les adultes s’entend.

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    1. Après moi ça leur arrive des fois ^^ La dernière fois c’était pour me dire « arrêtez de faire l’enfant modèle ». ^^

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  14. merci pour cet éclaircissement qui résonne/raisonne face à mes accès débordants de colère De l’enfant qui devait se faire toute petite et silencieuse pour survivre, à l’adulte colèrique que je suis devenue … il n’y a qu’un pas !
    Je vais reprendre ça demain avec mon psy « préféré » qui commençait justement à évoquer la notion d’enfant intérieur et de renouer avec
    en tout cas, ça me parle beaucoup, merci

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