So basique

Miranda est une femme de 30 ans. Elle arrive sur mon canapé parce qu’elle n’en peut plus. Elle se dit susceptible. Surtout avec son compagnon, mais en fait en y réfléchissant avec tout le monde. Elle éclate dans des colères qu’elle ne contrôle pas. Il faut que cela cesse.

Passer la première demi heure où elle m’explique ce qu’elle vit et la souffrance que cela génère chez elle, je lui explique que sa colère semble s’appuyer sur une mauvaise estime d’elle même. Et elle réinterprète tout ce qu’on lui dit à la lumière de cette estime de soi défaillante du coup elle se sent agressée et elle me montre sa colère.

Cela se fait dans un échange et d’un seul coup, sans que je sache -même encore maintenant- ce qui appuie sur le « bouton rouge » elle explose.

J’en prends plein la tête. Et pendant qu’elle m’invective je m’efforce de comprendre ce qui a déclenché une telle réaction de défense. Ok mes explications ont fait mouche et ce que j’ai mis à jour est insupportable de toute évidence.

Je reste très calme, je lui parle gentiment en essayant de la rationaliser. J’obtiens, comme il se doit, une non écoute et un déferlement d’aboiements.

Je m’enferme dans ma bulle. Sur la paroi j’ai une oreille appuyée qui maintient l’écoute…au cas où un matériel intéressant serait exprimé ou au cas où elle se calmerait.

Je suis dans ma bulle et je m’ennuie. Je pense que je prendrai bien un bouquin avec un mug de thé. Le temps paraît long. Je soupire. Et puis j’en ai marre.

Alors au détour d’une pause respiratoire dans ses hurlements, j’en profite pour lui expliquer très calmement que sa réaction est « classique » (soupir). Comme je reste calme voire je ne dis rien, sa colère augmente et devient personnalisée juste dans le but d’obtenir une réaction de ma part car mon calme et mon silence lui sont insupportable.

« Alors dites quelque chose ! » me hurle-t-elle. Je viens de le faire non ?

Je lui explique encore que je n’ai pas l’intention de discuter car la rationalisation n’a aucun intérêt face à sa colère, qu’elle voudrait juste que moi aussi je me mette en colère ce qui lui donnerait ensuite une bonne raison pour continuer à hurler. « Ce sont des comportements classiques, basiques tellement basiques » dis-je d’un ton désabusé. Je m’ennuie toujours autant.

Je lui propose donc de mettre fin à la séance. Elle rédige fébrilement un chèque qu’elle balance sur la table. Je lui propose de me recontacter si elle a envie de reprendre un rdv et je lui serre la main.

Le soir même je reçois un long sms. Là dans les premières ligne j’ai affaire à sa honte et dans les lignes suivantes à sa culpabilité.

Colère, honte, culpabilité… il ne manque la phase de « fausse lune de miel ». Qui ne rate pas, elle m’appelle pour reprendre rdv, s’excuse encore et me remercie de ma patience mais « vous comprenez vous n’auriez dit pas ça je n’aurais pas réagit comme ça ». Tellement basique tout ça.

Je vous l’avoue je sais qu’elle ne viendra pas. D’ailleurs le jour dit et à l’heure prévue je suis devant mon écran d’ordinateur en train de réponse à certaines d’entre vous. Et oui, c’était prévisible, comme « c’est de ma faute » j’imagine que la journée d’avant et plus encore le jour dit sa colère a décidé de ma punir.

Elle n’a pas repris rdv, je m’y attendais aussi…

So basique.

angry young woman blowing steam coming out of ears

 

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29 réflexions sur “So basique

  1. Bonjour Vergi,
    De te punir ? en ne venant pas ? (ben, c’est plutôt elle qu’elle punit).
    Mais si elle estime que « c’est de ta faute », qu’en est-il de la honte, la culpabilité qu’elle exprime dans le sms ? Est-ce de la manipulation ou y a-t-il de la sincérité ?

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    1. La violence est cyclique. La personne violente se pense toujours « normale » et accuse toujours les autres d’être la cause de ses égarements. Donc elle sait qu’elle ne va pas bien, mais elle pense que ce sont les autres qui génèrent ce mal être.

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  2. Bonjour 🙂
    Peut-être qu’elle va rappeler dans quelques semaines? Une fois qu’elle aura eu le sentiment de vous avoir puni?
    Au début de ma thérapie, quand j’ai « découvert » la vie de ma psychologue sur le net, surtout quand j’ai appris qu’elle avait des enfants, j’ai ressenti une grande colère (que j’ai intériorisée) et j’ai voulu punir ma psy en n’y allant plus. J’ai annulé trois séances à la suite 😦 puis j’ai essayé de rationaliser…So basique aussi pour vous cet exemple?

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  3. Oula Je me rens de me rendre compte que je ramène trop tout à moi dans mes commentaires depuis peu ! ce qui peut être pénible :s
    Merci pr l’article, j’espère que vous n’avez pas trop de cas comme ça (comme Miranda je veux dire)

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  4. Si cela est si basique, n’ y a t il pas possibilité pour le psy de contourner pour éviter d’attaquer son estime ?

    Je me sais susceptible (mais euh j’ai jamais hurlé sur mes psy! Et ça pourrait encore moins etre sur plusieurs phrases ) mais je culpabilise vraiment si je me suis montrée désagréable. Je sais que c’est ni adapté ni constructif et pas non plus respectueux. Je sais ce qui a pu me faire mal ou en tout cas quand je sais pas je sais qu’il y a au moins qq chose qui n’est pas rationnelle et que c’est débile de réagir comme ça; mais c’est pas là dessus que le patient est censé bosser du coup ?

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    1. Je n’ai pas « attaqué » son estime. Le transfert est négatif (le contre transfert aussi), ce n’est pas génant en soi, mais c’était la première séance, elle avait le temps ensuite de réfléchir à ce que je lui ai dit et à ses réactions. Elle n’a pas fait cet effort.

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      1. Je partais pas de l’idée que tu avais attaqué mais de l’idée quelle, elle s’est sentie attaqué (puisque tu dis qu’elle était sur la défensive )
        Si son narcissisme est si fragile, y a t il pas des façons pour le psy qui peuvent éviter cela, qu elle se sente attaquer ? Quelle avance peu à peu, à faire tomber ses défenses avant de pouvoir regarder avec recul?. Du fait qu elle vient pour exprimer qu’elle est en colère trop facilement et que ça la fait souffrir de faire cela?

        Quand tu dis « les gens violents » j’ai du mal à comprendre car jai limpression que la violence n’est pas pareil d’une personne à l’autre ou d’une histoire à l’autre mais toutes n’auraient elles pas besoin de temps pour regarder la ils ont du mal à regarder en eux ?

        Bon fin de l’histoire puisqu’elle n’est pas revenu. Mais ça m’intrigue quand même.

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        1. Le fair qu elle se sente agressée est une distorsion, rien ni personne ne l attaque. Le psy n est pas là pour faire de la diplomatie.
          La violence est toujours cyclique.

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  5. Ma psy a fait de la diplomatie jusqu’à ce que je me sente en confiance. C’est grâce à ca que j’ai poursuivi ma thérapie et je l’en remercie.

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  6. La honte et la culpabilité peuvent peut-être avoir été trop fortes? Pourquoi cela serait obligatoirement de la violence cyclique? Ok, elle a des colères incontrôlées mais peut-on supposer que cela n’a rien avoir? Perso, si j’avais eu ce genre de colère au premier rendez-vous, la honte aurait été trop importante pour que j’y retourne. Par contre je pense que si à sa place, j’avais le courage de reprendre rendez-vous, juste par correction, j’y serais allée.
    Après ce qui m’interpelle, c’est cette histoire de violence cyclique. A partir de quand commence- t-elle? Ou est ce à partir du moment que l’on sent de la violence en soit que cela devient cyclique? Quel en est le déclencheur?
    Pendant longtemps, j’ai sentie que je pouvais avoir de la violence en moi. Et c’est le jour où j’ai faillit ne plus me contrôler avec mon fils, que j’ai décidé de voir une psy.
    Bon, je ne crois pas l’avoir engueulé et je suis retournée au rendez vous suivant.

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    1. Seul le patient sait quand sa violence commence et elle commence souvent tôt dans sa vie. Le cycle peut être long mais il tend à se raccourcir et la violence a s’intensifier. Il faut casser le cycle, c’est le but de la.psychothérapie. Après il y a aussi la violence de survie mais elle a (devrait avoir) rarement l’opportunité de surgur.

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  7. Moi aussi ça m’intrigue cette histoire, tu dis le psy n’est pas la pour faire de la diplomatie, mais dans ce cas comment elle peut sortir de cette situation. Elle est en demande de changement si elle consulte, c’est déjà un début. Mais si elle dépasse pas la 1ère séance c’est pas gagné. Dans une tout au mesure, j’ai parfois l’impression que ma psy « prend des gants » pour me parler. Parfois elle commence une phrase et ce stop net, je lui demande la suite (trop curieuse de savoir) souvent elle poursuit en me disant ça va pas vous plaire, d’autre fois c’est moi qui fini ça phrase car j’ai compris qu’elle ne voulait pas prononcer ou faire référence à certaines choses qui me sont difficiles à entendre. Et parfois mais c’est devenu rare elle me dit non. Je ne sais pas si on peut parler ici de diplomatie mais en quelques sortes c’est agir en fonction de moi (ou des réactions basiques 😁) non ? . Évidemment il a fallu bien plus d’une séance pour cela.

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    1. Je tombe des nues. Sérieusement, ne pas dire au patient ce qu’il genère en nous (psy) ? C est ça qui le fait avancer, la connaissance de ce qu’il génère chez l’autre. Ne pas prononcer ? C est tout l inverse de la psychothérapie où d’un côté comme de l’autre le but est de verbaliser et d’enfin poser réellement ce qui a été vécu. Une victime doit être posée comme telle et le but d’ailleurs est que le patient puisse par poser les termes adéquats sur son vécu de lui même en y étant « poussé’ par son psy. Ce n est pas de la diplomatie mais le fait que le patient doit dire par lui même. Si c’est de la diplomatie c’est pour moi le signe d’un contre transfert non géré.

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      1. Je comprends ce que tu dis mais je penses que mes exemples ne sont pas assez explicite mais je ne peux pas faire plus. Je ne penses pas que cela soit du contre transfert non géré, j’ai déjà donné et pour le coup c’est hyper différent. Elle me donne accès à ces informations mais parfois plus tard. Après tous ce que j’ai écrit n’est que de l’interprétation je plante peut-être complètement. En tous cas ça me convient bien ainsi pour le moment.

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    2. Nanistef, m’a première psy était comme ça. Je la voyais continuellement chercher ses mots pour me parler. L’impression qu’elle n’osait pas dire, trop diplomate, justement. Et ça me produisait l’effet inverse, ça m’énervait même si je n’osais pas lui dire. C’est je crois, une des raisons qui fait que je ne lui faisais pas confiance.
      Actuellement, il arrive que je prenne, ( comme je dis ☺), des coups de pied aux fesses. Lol 😉 Mais une fois digéré, j’essaye de comprendre et je réfléchis. Perso , ça me permets d’avancer. Comment peut on arriver à voir où ça ne va pas et où ça bloque si le psy ne dit rien et que pire t’as
      l’impression qu’il marche sur des oeufs
      Après certes, il n’est pas toujours facile d’entendre certaines choses mais à quoi sert une thérapie, si on ne doit entendre que ce qui nous plaît d’entendre ?

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      1. Je suis d’accord avec toi et moi aussi parfois (de plus en plus d’ailleurs) elle me lance ce que j’appelle une bombe. Un truc que je n’ai pas vu venir et qui va me faire avancer (ou pas). Mais c’est aussi rassurant parfois lorsque je la vois faire des périphrase pour éviter un mot qui me fait « bondir » ou craquer. Cela n’empêche pas de travailler l’idée ou le sujet. Après comme je disais c’est peut-être moi qui me fait des films et qui interprète totalement, au fond j’en sais rien peut être que au milieu de sa phrase elle a pensé au sms d’un pote à qui elle doit répondre lol. Par contre très souvent elle me dit « je vous préviens ça va pas vous plaire… » et j’aime bien cette façon de faire, j’ai un micro instant dans ma tête pour prendre une inspiration.
        Vergi du coup ça me fait penser à mes fin de séance qui assez souvent finissent sur une phrase que j’ai prononcé à la quel je ne m’attendais pas, ou un lien qui vient juste de me sauter aux yeux. A chaque fois elle me stop avec cette phrase qui met fin « on va s’arrêter sur ça » j’ai jamais osé lui dire mais c’est assez difficile pour moi de partir sur un instant aussi troublant. Je me dit que c’est pour que j’y réfléchis et que l’on en reparle mais bien souvent on y revient pas. M’a question est donc comment tu fonctionne pour tes fin de séance ?

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  8. Bonjour à vous.
    Je lis très régulièrement vos articles toujours passionnants.
    Ma question n’est pas tout à fait en lien avec ce dernier, mais je vais la poser malgré tout 😊 Mon job est d’accompagner des personnes vers l’insertion sociale. Beaucoup d’entres eux ont d’énormes fragilités psychologiques… mais je ne suis pas psy et ne peux pas les accompagner sur ce champ. Cependant, nous « prenons » les personnes dans leur globalité (et donc avec leurs difficultés psy).. je leur dis lorsque je pense qu’il serait nécessaire de consulter un psy (au CMP..), mais évidemment, la plus part du temps, ils refusent !!! Bref, la difficulté que je rencontre trop souvent, est le manque d’investissement et l’abandon. Comment peut-on l’expliquer chez ses personnes en grande fragilité ? J’imagine qu’il y a des réponses à ça ?
    Merci beaucoup 😊
    Céline

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    1. Le fait que les gens pensent que le psy c’est pour les fous et quandon a des difficultés de vie on pense que ce sont les raisons sont externes et pas internes. Se dire que non seulement on est dans la mouise mais qu’en plus on ne va pas bien psychologiquement voire croire à demi mots que c’est de notre faute n’est pas gérable.
      Mais ceci dit vous avez raison de les orienter. Après les forcer ne dert à rien’ quelqu’un qui ne veut pas avancer n’avancera pas malgré touted les volontés du monde. On ne peut aider les gens que lorsqu’eux mêmes sont déjà dans l’envie de se prendre en main, sinon ça ne fonctionne pas.

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  9. Est ce que finalement sa colère lui était si insupportable ou elle avait plutôt envie de présenter un comportement mieux adapté.. faire plaisir à son entourage quoi. Ou peut-être n était elle pas encore prête? J’ai l’impression que quand on a vraiment besoin de changer pour soi, que l on a compris qu une psychothérapie c est l occasion de voir autrement (parfois le nouveau point de vue procure un soulagement parfois il fait mal mais il fait avancé)..bah on se prend les scud du psy avec un sourire crispé, on s accroche pour soi

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  10. C’est assez marrant je suis comme ça dans mes relations sentimentales, bizarrement j’ai intégré que je ne devais jamais me comporter de cette façon avec d’autre . Principe parfaitement intériorisé, à la place de cette femme j’aurai eu tellement honte. Cela ressemble à une colère enfantine, sans filtres, sans remises en questions puis cette rédemption qui semble dire pardon mais aime moi envers et malgré tout. L’analyse est très intéressante en tout cas, je ne savais pas que c’était quelque chose de si basique.

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    1. Oui mais en même temps si tu agresses ton objet d’amour, il ne peut t’aimer. C’est paradoxal, vouloir être aimé(e) et le demander par via la colère et s’étonner de ne pas obtenir d’amour, mais comment aimer quelqu’un d’agressif ? La colère peut alors être un « test » et si le test ne fonctionne pas une bonne raison de dire »j’avais raison de me mettre en colère, en fait je n’étais pas aimé(e) ».

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      1. C’est exactement cela, le soucis étant que je ne cherche pas le bon amour dans mes relations avec les hommes. Comment dire je recherche l’amour dit inconditionnel comme celui des parents envers leurs enfants je pense. C’est un fonctionnement qui n’est pas le bon, ma quête n’est pas la bonne non plus. La colère ici est plus de la tristesse de l’enfant mal ou peu aimé qui s’exprime. J’en prends conscience mais je n’arrive pas encore à casser ce vilain schéma. Mais je ne sais pas si du coup ce cas de figure s’applique également à cette patiente.

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        1. mais c’est un leurre, l’amour des parents n’est pas inconditionnel. Tu as lu de nombreux témoignages ici j’imagine et tu as vu combien les parents peuvent être mal-aimants et mal-traitants. Et même des parents sains n’aiment pas chaque jour, chaque minute leur enfant de la même façon et même parfois ils ont eu envie de s’en débarrasser. Ce qui retiens certains c’est juste la Loi… Par contre l’amour de l’enfant pour ses parents est inconditionnel… et c’est bien le problème !

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      2. En revanche je ne me dit pas que j’avais raison de me mettre en colère, je me dis plus que je n’aurais pas dû, que je suis trop impulsive et que j’ai gâchée quelque chose.

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      3. Il faut croire que je cours derrière une chimère doublement inaccessible ( il y aurait vraiment de quoi se mettre en colère :D, je plaisante bien sûr).

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