Tadaa Super Nanny !

La vie trépidante de la psy étant ce qu’elle est, après avoir passé une partie de la nuit dans un endroit improbable à discuter par hasard avec un candidat mélenchonniste, je rentre chez moi à 4 heures du matin sans avoir envie de dormir. J’allume la télé. J’ai bien enregistré un opéra, mais les contes d’Hauffman à plus de 4h du mat’ j’hésite un peu, je zappe et je tombe sur un épisode de « super nanny ». Ca tombe bien, c’est le genre de truc qui va m’assommer (je confirme) et je pourrais aller dormir. Pour tout vous dire je ne suis pas allée jusqu’à la fin, non pas que je voulais absolument aller me coucher, mais c’est franchement imbuvable.

D’autant que le scénario est connu d’avance.

Le pitch : une famille pauvre qui vit dans un logement pas super est dotée de quelques gamins infernaux qu’une « super nanny » va venir à grand coups de bonnes intentions réorganiser.

Le lieu : un appartement dans un immeuble d’une barre HLM aux murs délabrés ou une petite maison en mauvais état dans une ville moyenne de province. Le lieu de vie est parfois tellement bien rangé que les gosses n’ont même pas le droit de sortir un jouet des coffres afin de ne pas déranger l’ordre mais la plupart du temps, osons le dire, c’est le bordel. Y’en a partout, on se demande si le ménage est fait. Les pièces sont petites. Le salon/salle à manger est meublé en marques très bon marché et recouverts de nappes plastiques, le canapé défoncé, les lits des gamins sont superposés et la chambre des parents sert de cave. Les couleurs sur les murs sont passées et sombres et la lumière à du mal à entrer par les petites fenêtres. Ah oui, j’oubliais quelque chose d’essentiel, une télé allumée dès le réveil jusqu’au coucher des parents.

Les gamins : en général par 3 ou 4, en bas âge. L’aîné rebelle autonome mais en manque affectif, le second introverti en super manque affection, le troisième espiègle, gueulard et violents et le 4ème lorsqu’il y en a un, très calme, qui observe tout cela à distance, le préféré qui passe sa vie dans les bras de maman. C’est le boxon total, les enfants hurlent, frappent, dessinent sur les murs, balancent leurs affaires, font voler la nourriture, font des scènes hallucinantes au centre commercial et s’opposent systématiquement à la mère.

Les parents : un couple dont seul l’homme travaille pour un petit salaire. Madame reste au foyer pour s’occuper du ménage (dans 60 m2), de la cuisine et des enfants.

la mère : une femme qui n’a souvent pas eu une enfance facile. Une femme débordée, dépassée même qui, si elle pouvait, abandonnerait bien ses gosses sur le bord de la route ou les passeraient bien par les fenêtre. Elle hurle dès le lever des enfants et dès qu’elle les croise, dans la salle de bain, le midi, au goûter, au coucher ne cesse de hurler, secouer, dévaloriser, punir. Elle n’arrive pas à se faire obéir et moins on lui obéit plus elle hurle. Une femme qui fait tout dans son foyer. Une mère qui quelque soit l’âge des enfants, les lave, les habille, leur fait leur cartable, les fait manger… Une mère aussi qui a beaucoup de mal à voir ses enfants grandir et qui aimeraient souvent les garder petits et pour elle pour compenser son manque affectif. Une mère qui culpabilise d’être aussi violente et qui se dit que si elle avait su elle aurait pas fait. Pas de temps pour elle.

le père : part tôt au travail, rentre fatigué. Dès rentré s’asseoit devant la télé (ou l’écran d’ordinateur) et n’en bouge plus jusqu’au coucher. Il n’aide jamais sa compagne. Il est en retrait, n’ose pas parler, ni s’interposer dans les décisions de sa compagne sous couvert que cela va créer du conflit, que sa compagne va être malheureuse si on la contrarie. Il n’est plus compagnon et n’est pas un père. Il ne parle quasi pas à ses enfants et fait comme si tout allait bien à la maison, tout en étant capable de dire qu’il n’en peut plus.

Le couple : devenu inexistant, les 2 partenaires ne se parlent pas sauf pour bonjour et aurevoir. Tout est axé sur les enfants pour la mère et sur la télé (ou l’ordinateur) pour le père. Ils mangent souvent à part ou après les enfants afin d’avoir du calme. Les enfants couchés le temps se passe les yeux rivés sur un écran. Chacun ne se satisfait plus la vie qu’il mène.

 

Une vision de familles dans lesquelles règnent en maîtresses les violences verbales et psychologiques, sans que personne ne trouve à redire. Heureusement que la télé arrive parce que je n’ose imaginer ce que ça doit donner lorsqu’il n’y a pas de caméras présentes.

L’intervention de Super nanny repose sur des concepts clairs et de bons sens que ces familles dysfonctionnelles n’appliquent pas naturellement, d’autant que souvent la mère comme le père, issus eux-mêmes de familles dysfonctionnelles, n’ont pas de modèles équilibrés à proposer.

Des parents qui débordés ne demandent pas d’aide, sauf quand vraiment cela devient infernal pour les parents. Une femme qui a eu en général son premier enfant avant 20 ans et en couple avec un homme qui au moins plus de 10 ans qu’elle. Un homme « mou » qui ne prend pas sa place de compagnon ni de père car il craint sa compagne et une femme qui a tout pris en main et n’arrive à laisser ses rôles à son compagnon. Des familles d’origine dont le modèle est le même, une mère au foyer et un père qui met « les pieds sous la table », chez qui le partage des tâches n’est pas envisagé. Une homme qui ne propose pas de partager les tâches afin de soulager sa compagne et une femme qui ne demande pas ce partage pour soulager son stress.

Il existe un aveuglement complet sur les impacts de leurs comportements sur les enfants, eux qui pourtant ont souvent vécu les mêmes situations. Ce n’est pas que c’est la norme, ils expliquent bien qu’ils ne « pensaient pas » que cela pouvait avoir un impact et les mettre en souffrance. Un soi-disant « amour » revendiqué pour ses enfants qui en fait cache une réalité de désir de réalisation égoïste surtout de la part de la mère : recevoir de l’affection par les enfants et donc les garder le plus longtemps possible pour soi car qui en donnera lorsqu’ils seront grands ou partis ? Les pères semblent plutôt aspirer à une autonomie de leurs enfants mais ils comprennent inconsciemment qu’en s’interposant, en séparant les enfants de la mère, elle demandera affectivement ce qu’ils ne pourront pas combler dans la mesure où ils ne savent pas ou n’osent pas exprimer de la tendresse.

Le scénario des quelques épisodes que j’ai pu voir est toujours le même : la cata au départ (violences, dysfonctionnements familiaux), puis arrive la super héroïne qui balaie d’un revers de main les méchantes habitudes et ça fini bien, la famille est calme et heureuse. Quelques effets spéciaux (noirs et blancs, flashbacks). Une super héroïne doté d’un costume de super héroïne (foskifo). Bref, le scénario est sans surprise, le suspens est faible (les méchants perdent toujours) et la fin attendue (le monde est sauvé).

Tout cela est très caricatural (la série, pas ce que j’ai écris). En effet, j’aimerais bien savoir si il existe des épisodes tournés dans un appartement de 200 m2 dans une ville huppée avec un père banquier et une mère ex prof. Parce que ce genre de situations existent dans tous les milieux sociaux. C’est donc non seulement caricatural mais très stigmatisant. A croire que tous les « pauvres » qui vivent dans des cités HLM de province et familles dans lesquelles seul le père travaille ne peuvent être que des familles dysfonctionnelles !

Ce qui transparait surtout c’est que les dysfonctionnements des familles originelles perdurent car n’apportent pas de modèle ni éducatif ni affectif. Alors même qu’ils veulent faire autrement, en n’osant pas ou en ne voulant pas prendre leur place, ils finissent par recréer les scènes de leurs familles. Ce qui est le plus interpellant c’est quand même cette absence de conscience des impacts sur les enfants, mais qu’on peut comprendre à la lumière de telles habitudes comportementales que les parents ne se rendent plus compte de leur propre violence ou de leur passivité. Il faut se voir « à la télé », dans un miroir, se regarder la face déformée par la colère, voire en gros plan la peur sur le visage de l’enfant pour que la violence et ses conséquences surgissent au niveau conscient et au niveau de l’affect.

Super-Nannys.jpgAttention ! Super nanny est rouge de colère !

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9 réflexions sur “Tadaa Super Nanny !

  1. Quand je regardais jadis (je crois que c’était vaec la « Super Nany » originale), il y en avait eu avec des familles aisées., voire très aisée.

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  2. Mais bien sûr que c’est stigmatisant ! Si M6 ne pénètre pas les milieux plus favorisés avec cette émission, cela ne signifie pas qu’il ne s’y passe rien, mais plutôt que dans ces milieux, on ne se laisserait pas dicter son comportement par une Nanny fut-elle super ! Il faut avoir un peu d’humilité pour accepter cela. Je ne pense pas non plus que ces familles favorisées accepteraient de passer à la télé. Alors que dans les milieux dits défavorisés on ne demande que cela. Un besoin de reconnaissance ? Mais ce qui à mon avis manque à ton article, c’est un point de vue critique sur les méthodes que propose super Nanny. Je confesse que je regarde parfois cette émission. Il y a des conseils qui me semblent relever du bon sens. Comme redonner sa place au père, comme passer du temps avec chaque enfant, jouer, rire, comme retrouver du temps pour soi et pour le couple, comme manger ensemble, comme dormir chacun dans son propre lit etc. Je ne suis pas dupe , je pense que M6, nous propose une vision des choses qui est peut-être loin de la réalité, mais bon voilà, je crois que dans cette émission tout n’est peut-être pas à jeter. Et d’une manière générale, il me semble qu’à la télévision, on peut vraiment tout regarder, car tout est une question de capacité à prendre du recul.

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    1. Merci de me dire ce que je dois écrire…. Il y a un autre article sur ce blog relatif à Super nanny dans lequel j’explique (et d’ailleurs je le dis ici aussi) que ces conseils sont de bons sens et très valables… et sa façon de s’y prendre aussi. J’avais regardé 2 épisodes avec l’ancienne nanny, la « nouvelle » est bien plus sympathique et empathique -ou alors elle joue bien son rôle.

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  3. Ceci n’est qu’un jeu de rôle , une mise en scène
    Sans doute, certainement, réelle dans certaines familles
    Mais cela aide qui ? Cela rassure certains …
    Mais ceux qui ont vraiment besoin d’être aidé regardent-ils ce genre d’émission ?

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  4. Ca n’a p-e rien avoir, mais concernant les climats sains à donner à son enfant. Vers quel âge l’enfant acquière vraiment la pudeur.? Je veux dire vers quel âge voir ses parents sortir de la douche, aller au toilette, devient traumatisant pour son petit cerveau?
    Mon fils de presque 4 ans, à bien compris sa pudeur mais concernant la nôtre ca le fait bien rire et il en joue. P-e pcq il a compris que c’était qqch d’important pour moi.
    A la maison je lui explique bien qu’il ne peut pas rentré dans la sdb qd je suis dans la douche, ou alors il doit se retourner le moment où je sors. Ca le fait bien rire de regarder qd même et justement d’insister.
    Par contre moi je crois que je suis tellement pour cadré tout ca, que j’ai peur d’en faire un gamin qui à peur de son corps….
    Et son pére lui, pas de pudeur. Pour lui c’est normal, il est encore trop petit pour comprendre. Ca me chiffonne. C’est pour ca que je me demandais vers quel âge ca devient gênant voir traumatisant pour eux?

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    1. traumatisant je ne sais pas, ça dépend des enfants, de l’entourage, d’autres petites choses qui viennent renforcer un sentiment incestuel, petits faits qui ne sont pas nécessairement présents parce qu’on voit ses parents nus. La pudeur vient vers 6 ans, mais ce n’est pas une raison pour être nu devant lui avant cet âge. Les organes génitaux des adultes posent question aux enfants, n’oublions pas qu’ils sont vers 4/5 ans juste à la « bonne » hauteur pour les avoir projetés devant les yeux. Un enfant a besoin de savoir qu’il existe des différences et cela très jeune, mais il y a une distance entre savoir et voir ses parents.
      Si il insiste c’est toi qui te fais agresser parce que ça te met mal à l’aise. Donc il n’est pas normal qu’il insiste et il a bien compris la malaise que cela générait… chez sa mère. Il ne doit pas être là lorsque tu sors de la douche, c’est ton moment, ton intimité, pas la plus la sienne que la tienne ne doivent pas être respectée. Il n’a plus 2 ans, il en a 4, son regard a changé.
      Ceci dit c’est normal que ça l’intéresse, après tout c’est étonnant de voir ces « trucs » qu’il ne voit pas chez lui. En même temps en te regardant il se rassure inconsciemment (moi j’ai un truc en plus qu’elle) et en même temps il se demande si tu n’as pas quelque chose de caché.
      Quant au pénis du père il parait disproportionné, il voit bien qu’il n’est pas comme cela.
      Maintenant dire qu’il ne comprend pas ce n’est pas vrai, l’Œdipe se met en place. Il est juste temps de changer doucement les habitudes. Rien de catastrophique pour l’instant.

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