Peut on tutoyer son psy ?

Grande question s’il en est.

La tentation est grande parfois n’est-ce pas cher(e)s patient(e)s ?

Freud ne tutoyais pas ses patients et il attendait que ses patients ne le tutoies pas. D’ailleurs le « tu » arrivant brutalement dans le verbiage était considéré comme un lapsus révélateur de l’inconscient du patient, quelque chose de non contrôlé, un manque de vigilance qui laisse passer une émotion ou une idée cachée et… tue.

Je vous dirais que certains psychologues et certains psychanalystes tutoient d’office et s’attendent à être tutoyés surtout en situation de groupe ou dans des cadres de démarches corporelles. Le tutoiement est ici utilisé pour faciliter l’expression des émotions.

Pour ma part je préfère le vouvoiement. En tout cas avec les adultes, je vais y revenir. Le vouvoiement permet de marquer la situation quant à la relation, c’est une relation patient/professionnel. Avec les adultes, les rares fois où j’ai moi même fait un lapsus sur le tu, j’ai pu constater que le patient le prend comme un assouplissement du cadre, une distance réduite, comme l’assurance d’un « copinage ».

J’en connais qui me dirait « mais moi tu me tutoies » et c’est vrai ! Ce n’est pas parce que je préfère le vouvoiement que je ne tutoies pas. Il me semble que certain(e)s patients ont besoin d’une mise à distance symbolique moindre pour pouvoir faire confiance et fêler leur armure. Et puis quand je rencontre d’abord les gens ici puis en réunion et que du coup nous nous sommes tutoyés d’office revenir sur ce tutoiement est difficile. Non pas difficile en fait, inadapté, je dirai aberrant. Du coup, il y a quelques très rares patients que je tutoies je l’avoue. Pourtant ces patient(e)s je ne les considère en aucun cas comme des copines ou copains.

Mais en tant que personne j’ai parfois envie de tutoyer certain(e)s patient(e)s. J’analyse cela et en général je découvre que j’ai pas mal d’affinités personnelles avec ces personnes. Un vécu ou parcours commun qui en fait tend à rapprocher, une personnalité aussi ou des centres d’intérêts qui font que s’ils n’étaient pas mes patient(e)s je pourrais considérer ces personnes comme des ami(e)s potentiel(le)s. En fait c’est plutôt informatif sur l’avancée du patient qui n’est plus qu’une simple énigme posée sur le canapé mais un être humain dans son entièreté, cela prouve que le patient a bien avancé et que j’ai bien bossé ! Ca ne veut pas dire que le patient est à la fin de son cheminement mais que ces problématiques sont moins complexes.

Mais je ne suis pas dupe. Ca parle aussi du transfert du patient. Et oui, si j’ai envie de le tutoyer c’est qu’en général -je l’ai constaté- le patient a envie de me tutoyer aussi. je le vois bien. Ou plutôt je l’entends. Le « tu » tend à s’expulser de plus en plus souvent. Qui suis-je donc pour cette personne qui sait peu de choses de moi ? Un parent de substitution, une « bonne mère » que l’enfant aurait tendance à tutoyer naturellement ? Souvent oui et mon envie de tutoyer et mon envie de copinage montre que le patient tente de me faire jouer un rôle qui n’est pas la mien, devenir la copine, la mère de substitution. Vade retro Satanas ! Je continuerai à te vouvoyer, na.

Bon les enfants et les ados j’arrivent pas. Alors par contre en fonction de leur évolution physique et mentale je peux me mettre à les vouvoyer brutalement parce que je sens que le « tu » n’a plus sa place, qu’il n’a plus le même sens. Vouvoyer un enfant de 10 ans, ne me parait pas la bonne solution pour gagner sa confiance. Quant à l’ado, au bout de quelques séances il me tutoie, marque de confiance qui permet que  la parole de l’ado se libère. Maintenant je demande à l’enfant ou à l’ado si je peux le tutoyer et je leur précise qu’ils peuvent le faire. Les enfants tutoient d’office et les ados, intimidés vouvoient au départ puis tutoient. Mais il y a un moment où d’un côté comme de l’autre ce n’est plus possible.  L’ado qui passe adulte perçoit désormais le tutoiement comme du copinage et il met de la distance et je le vis de la même façon.

Maintenant, j’ai quelques patients -souvent un peu agités- qui au bout de quelques minutes me disent « bon ça va pas le faire alors je vais vous tutoyer, parce que là je n’y arrive pas ». C’est informatif sur leurs difficultés à gérer l’émotionnel, le cadre et leurs pensées. Maintenant si un patient veut me tutoyer je ne m’y oppose pas, mais moi dans ce cas là je continue à le vouvoyer car plus que jamais le cadre est essentiel et le maintien de la distance aussi.

Pour conclure, en situation de groupe le tutoiement est possible, avec retour au vouvoiement en individuel afin de bien marquer les différences temporelles et de situations. Pour les enfants, on tutoie, ils tutoient, ça passe mieux car le cadre a besoin d’être plus flou.

Bref, normalement on ne tutoie pas son psy pas plus qu’il ne tutoie ses patient(e)s en séance individuelle.

Tutute.jpg

 

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20 réflexions sur “Peut on tutoyer son psy ?

  1. Intéressant. Je me demande si de passer du « tu » en groupe au « vous » en individuel ne sonne pas faux dans l’un ou l’autre des contextes?

    Dans les pays anglophones, pas de problèmes à ce sujet, c’est facilitant…

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  2. Perso, il m’est très difficile de passer au tutoiement si je vouvoie ou de vouvoyer si je tutoie. Ce n’est ni un manque de respect ni une façon de vouloir faire du copinage. Même avec le vouvoiement on peut chercher le copinage même si effectivement la distance est plus importante.
    Après, je ne peux pas expliquer pourquoi mais le fait de vouvoyer une personne, je suis incapable de faire entièrement confiance. Pour moi, une méfiance naturelle.
    Après, certainement comme d’autres, j’imagine que parfois la tentation de familiarité a été là. Assez bizarrement, jamais en séance!

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  3. Dans certains pays comme le Danemark le vouvoiement a disparu petit à petit pour laisser place au tutoiement on peut facilement trouver des articles qui en parlent sur internet,mais bon le vouvoiement reste important et permet de marqué la différence entre relation amicale et relation normal entre personne avec qui on peut partager des affinités mais sans pour autant être pote et les personnes plus proches .

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  4. Et l’inverse. Moi Ado, j’ai toujours vouvoyé ma psy qui elle me tutoyait…Je me sentais parfois troublée de ce tutoiement: d’une part car ça me renvoyait à mes parents et mes profs qui tutoyaient mais que j’étais obligée de vouvoyer et d’autre part parce qu’elle a commencé sans me demandé mon avis. Après nous en avons discuté et c’était comme tu dis: plus bienveillant que familier.
    Encore maintenant, j’ai extrêmement de mal avec le tutoiement dans ma vie, que je ne réserve qu’à des personnes TRES intimes. Je trouve que le passage au tu est de l’ordre du très intime, comme si on rentrait dans la sphère la plus proche.
    Paradoxalement, par internet, le tu viens plus facilement
    Merci pour l’article 🙂

    Kirikou

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    1. C’est pour cela qu’il est important de demander si cela ne dérange pas quitte à changer, dans un sens ou dans l’autre, si on (la patient ou le psy) s’aperçoit que ça ne fonctionne pas bien.

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  5. 🙂 Alors moi j’ai plusieurs fois tutoyer ma psy sans le faire exprès (j’espère qu’elle n’a pas fait attention) mais ça fait longtemps…
    Je préfère le vouvoiement de loin ! Et surtout dans le milieu professionnel mais cela me pose problème. Souvent, quand je commence un travail mes responsables me disent « non mais tu peux me tutoyer » et je n’y arrive pas. Parfois ça les vexe et ils m’en font souvent la remarque mais c’est plus que moi…Dès que quelqu’un est en situation « d’autorité », c’est difficile..et le « tu » me fait vraiment me sentir mal (je crois que c’est parce que je n’arrive pas encore à me considérer adulte totalement, à l’assumer)…
    Je suis aussi du genre parano et anxieuse, et je me dis « Le jour où je ferai une erreur, qu’on m’aengueleura le « tu » sera t-il cohérent de par et d’autres »? bref je crois que c’est l’une des choses qui me stresse le plus au travail !

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  6. Le « vous » pour garder la distance , pour garder à l’idée que cela ne durera pas …
    Que c’est une relation particulière . D’une certaine façon pour me protéger …

    Sinon je tutoie mes collègues, ma direction , certains parents d’élèves que je connais depuis longtemps ou parce que le courant passe bien …
    Quand un enfant me tutoie je ne le reprends pas … ce sont les autres enfants qui lui rappelle la règle … LOL
    Pour moi, tu ou vous le respect est le même.

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  7. C’est marrant… il n’y a même pas deux semaines, ma psy m’a tutoyée sans le faire exprès. On était encore à l’entrée, pas en séance, et quelqu’un la déconcentrée un moment. La phrase d’après, elle me tutoyais. Comme très souvent chez moi, j’ai senti plusieurs réactions en même temps. Une partie de moi s’en est amusé car je l’ai vue elle-même surprise et très rapide à corriger le tir et j’ai trouvé cela humainement intéressant. J’aime constater que ma psy n’est pas un robot. Mais de manière générale j’aime le vouvoiement dans ma thérapie parce que justement je suis trop bien consciente de voir en ma psy la mère parfaite ET, en même temps, ma thérapeute dont je ne sais rien. Le ‘vous’ maintient le cadre et me permet de ne pas me perdre, grâce à cette juste distance de la relation patiente/thérapeute. Ce ‘vous’ qui porte également en lui le respect que l’on se doit l’une à l’autre. Par contre… je déteste de plus en plus qu’elle m’appelle par mon nom de famille. Cela me lie à mon arbre. Arbre que je m’échine à laisser derrière moi pour enfoncer mes propres racines. Et dans ce contexte thérapeutique, sans doute plus encore que dans d’autres, je suis mon prénom avant d’être mon nom.

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  8. Ma pedopsy me vouvoyait quand j’avais 15-16 ans, j’ai toujours trouvé ça gênant en fait, comme si elle faisait tout pour pas que je me sente proche d’elle.

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  9. Haha, depuis le temps que je l’attendais cet article 😉
    Pour ma part, mon psy a commencé par me vouvoyer, et au bout de 3 mois il m’a demandé en pleine séance et en pleine phrase s’il pouvait me tutoyer car c’était difficile pour lui de continuer à me vouvoyer. Je pense que c’était pour m’aider à être en confiance (j’ai toujours été sur la défensive en ce qui concerne mes relations aux autres). J’ai accepté sans problème, néanmoins j’ai continué à le vouvoyer. Je sentais bien qu’il attendait que j’ose le tutoyer également, que je me permette de le faire, d’ailleurs il m’a demandé une fois pourquoi je ne le faisais pas. Ce à quoi je lui ai répondu que c’était justement pour mettre de la distance entre nous, parce qu je ne voulais pas « m’attacher », ce qu’il a compris. Et puis 3 mois plus tard (donc au bout de 6 mois depuis le début de ma thérapie), j’ai eu une séance difficile sur le plan émotionnel, et j’ai accepté qu’il soit Présent pour moi, je lui ai accordé un peu plus de place à mes côtés en séance, et j’ai osé le tutoyer. Depuis c’est resté ainsi, on se tutoie mutuellement. Et pour ma part, ça a été plus facile par la suite, ça a abolit la barrière que j’avais mise entre nous. Bon du coup j’ai fini par m’attacher davantage…et maintenant qu’il m’a annoncé son déménagement pour septembre j’avoue que c’est difficile à vivre.. Mais il nous reste encore quelques séances pour en parler et pour travailler à ce détachement, pour travailler une transition avec un éventuel autre psy parce qu’on est d’accord tous les 2 pour dire que le travail ne sera pas fini en ce qui me concerne).
    En tout cas, le tutoiement dans mon cas a été bénéfique, il a permis de créer un lien particulier que je n’aurai probablement pas eu en restant au vouvoiement (moi qui d’habitude m’obstine à vouvoyer). Je me suis même autorisée à pleurer devant lui pour la première fois la semaine dernière, preuve que la confiance est là (je ne pleure pas en « public » en temps normal. J’ai même accepté une accolade bienveillante de sa part, fichtre!!!).
    Mais je comprends celles et ceux qui préfèrent rester au vouvoiement pour maintenir un certain cadre (auquel j’ai eu le droit malgré le tutoiement bien évidemment).

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    1. Huuummm, l’accolade m’a fait bondir, j’ai l’impression qu’il cherche vraiment à te être gentil avec toi. Un peu moins de contre transfert t’aiderait mieux à faire la transition. Et pourquoi ne pas revenir au « vous » d’ailleurs afin de commencer à augmenter la distance ?

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      1. Je comprends que l’accolade puisse faire bondir, mais compte tenu de sa pratique, de sa conception l’être humain et de sa formation, ce geste ne m’a pas surpris. Mais c’est vrai que ça n’aide pas à remettre davantage de distance entre nous. D’ailleurs je ne suis pas sûre de vouloir remettre cette distance, quelque part je me dis que je veux réussir à me séparer de lui sans avoir à revenir sur ce que j’ai réussi à faire (pou une fois que j’arrive à accorder ma confiance à un « inconnu »). J’avoue que c’est encore flou pour moi, et je lui ai dit que je souhaitais lui en parler la semaine prochaine quand on se reverra.
        Ce qui est sûr c’est que je ne pensais pas avoir mis autant de ma personne dans cette thérapie, et je suis un peu triste et déçue de ne pas pouvoir la mener à son terme avec lui. Pour autant, je n’ai pas peur de devoir poursuivre avec une autre personne, si j’ai réussi avec lui, je dois pouvoir le faire avec un(e) autre. Et puis le changement peut avoir du bon.
        Quant à mon psy actuel, il m’a dit que malgré son déménagement il ne disparaîtrait pas pour autant, et que si besoin il serait toujours joignable, comme il l’a été jusqu’à présent. Qui vivra verra comme on dit…

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  10. Quand elle a m’a touché pour montrer « sa compassion » j’ai eu un mouvement de retrait …
    Quand elle m’a « proposé’ de m’appeler par mon prénom, j’ai pas entendu …
    Je reste sur mes gardes … trop peur de moi!
    Surtout pas s’attacher ! LOL

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  11. De mon coté le vouvoiement est de mise, une bonne distance aussi. Le tutoiement est pour moi trop personnel et intrusif du moins au niveau des séances psy. J’ai déjà du mal à garder une bonne distance avec elle (car je suis autorisée à la contacter hors séances par mail, sms ou téléphone, ce qui est déjà pas facile à gérer de mon coté.)..alors si en plus on commence à se tutoyer, je ne saurais plus ou se situe les limites…Par contre On s’appelle par nos prénoms (heureusement parce qu’elle a un nom à rallonge !!!).

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  12. Je crois que je ne pourrai pas tutoyer un psy que je consulte. Pour moi le tutoiement c’est une marque de proximité et je le réserve le plus possible pour les relations de la sphère intime et personnelle. Avec mon ancienne psy (que j’ai vu plusieurs années et qui m’a connu ado) c’était le « vous » de part et d’autre. Déjà que je rêvais d’une relation particulière alors ça ne m’aurait pas aidé dans le transfert que je faisais si elle s’était mise à me tutoyer. Le « tu » , pour moi, c’est une façon d’indiquer une marque de proximité. Dans mon travail, le tutoiement est vite de rigueur et c’est un exercice compliqué. La directrice demande qu’on la tutoie, j’ai mis beaucoup de temps. En général quand je commence à vouvoyer je peux difficilement passer au « tu » ensuite.
    Pour en revenir au psy, lors d’une hospitalisation, un psy (jeune, je pense que nous avions peu d’écart) m’avait de suite annoncé avant même que je ne prononce un mot, « mon rôle n’est pas de lier une relation amicale, je ne peux pas être un copain ». J’ai pas osé lui demander pourquoi il entrait ainsi en relation, j’ai été très surprise. Je me suis toujours demandée si c’était lui qui gérait mal son âge et remettait en doute sa légitimité ou si je lui avais inspiré d’emblée ce besoin de poser ce cadre.

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  13. Je comprends.

    Est-ce que quelqu’un pratique la thérapie de groupe ET la thérapie individuelle avec le même psy. et le tutoie dans un cas et le vouvoie dans l’autre? Si oui, est-ce que c’est facile de le faire?De passer du « tu » au « vous » ?

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