Les histoires de l’été – « Une si jolie petite plage »

« Une si jolie petite plage » par Ges

Démence sénile. Elle n’avait même pas soixante ans.. Cela les avait fait rire au départ. Maman débloque, maman délire.. autant en rire ensemble tant qu’on peut. Elles savaient bien qu’un jour il n’y aurait plus rien à rire.
Cela avait créé des situations cocasses. Elle se souvenait encore avec un sourire aux lèvres du jour où sa mère avait volé le vélo de la voisine.
Elle venait de lui retirer son vélo pour ne plus avoir à la chercher des heures durant à travers tout le village. Le regard interloqué des voisins quand elle avait rendu l’objet du larcin, avec sa mère mi-lucide mi-frappée qui criait que c’était la bicyclette que son père lui avait offert pour ses dix-huit ans ! C’était drôle quand même.
Et puis sa mère avait commencé. « tu te souviens de ce petit village de Bretagne où nous passions nos vacances ? Cette si jolie petite plage, entourée de rochers, où nous étions les seuls à aller.. Pourquoi n’y allons nous plus ? ».
« Oh tu sais maman, la Bretagne depuis cela a bien changé. Avec toute cette agriculture industrielle, les plages sont pleines d’algues en décomposition. C’est vilain. Tu serais déçue. Et puis, c’est tellement dangereux ! Quelques minutes passées à bronzer et c’est le malaise assuré. »
Sa mère l’écoutait perplexe, pas bien convaincue par les arguments de sa fille ; mais, plus suffisamment sûre de ses capacités intellectuelles pour se permettre d’argumenter.
Chaque jour, elle recommençait, comme si la chaleur de l’été réveillait en elle, des sensations oubliés de vacances d’été passées à farnienter sous le pâle soleil breton.
Sa mère avait oublié pourquoi ils ne retourneraient plus à cette plage. Elle avait mis des années à ne plus y penser.
Les rêves étaient revenus… Chaque nuit, elle revivait cette dernière nuit.
Ils s’étaient fiancés quelques jours plutôt. Elle avait toujours cru qu’ aucun homme ne pourrait supporter son caractère difficile, ses colères et ses crises de désespoir, fruits d une enfance tourmentée. Il était pourtant là, doux et attentionné, convaincu que malgré ses défauts, elle était la femme qu’il lui fallait.
Ils étaient descendus tard à la plage. La lune était haute et éclairait d une lumière paisible cette petite plage, surplombée de rochers. Ils s étaient étendus sur le sable. Ils avaient fait l amour, a la demande de son fiancé. Elle était gênée. Peur d être observée. Il n avait pas autant d inquiétude.
Ils étaient remontés par le sentier escarpé, se tenant par la main, riant comme des gamins.
Avait-il posé son pied trop près du bord? Avait-il marché sur une pierre instable? Il était tombé, l ‘entrainant dans sa chute.
Elle ne s était réveillée que le  lendemain matin. Son corps sur le corps froid de son fiancé. La tête du jeune homme faisait un angle bizarre.
Le bonheur s en était allé. Il n avait pas été question de lui laisser une autre chance.
Non elle ne voulait plus entendre parler de cette plage.
C est étrange, ce matin elle a trouvé sa mère, étendue au pied des escaliers. Sa tête faisait un drôle d angle.


 

« Une si jolie petite plage » par Maïa
Siméon, Anès et Naya avaient disparu depuis maintenant plusieurs  semaines. Linformation avait fait les gros titres de la presse des sites d’information de la société du Empiactu durant deux jours plein, avant d’être remplacée par le lancement de l’émission. Ce titre n’avait plus quitté la une sauf pour annoncer la mort du père de l’Empereur.
Dans les rues les conversations s’alimentaient principalement autour des dernières avancées des jeunes gens filmés. Dans la population, chacun y allait de son avis « il est clair que ces enfants ne fonctionnent pas comme il faut »; « hier soir, l’institut faisait part des derniers résultats des examens génétiques prélevés sur les fougueux, ils auraient trouvé le gène défectueux responsable de ces inadaptations. » « J’ai entendu qu’ils planchaient sur des hypothèses autour d’une bactérie, attrapé sans doute lors de la naissance ».
L’émission présentait 50 jeunes enfants qui perturber l’ordre établi. La sélection avait été difficile, il fallait qu’ils présentent à la fois un danger évident pour l’ordre établi, mais qu’ils soient en mesure de supporter le temps d’enfermement. Les investisseurs avaient besoin qu’ils restent vivant jusqu’à la fin de l’émission pour que les examens et expériences puissent être abouties. 50 fougueux de 4 à 10 ans avaient donc intégrés le centre de recherche et d’apprentissage. Trois avaient été sélectionné à l’avant veille, suite à la disparition de la fratrie Siméon, Anès et Naya. Ainsi, les parents de Siloé, Anatole et Layana étaient soulagés et reconnaissant tout comme les habitants de l’unité 8564 où était implanté le bastion où ils vivaient. C’est en tout cas ce qu’annonçait Empiactu.
Les enfants étaient filmés 24 heure sur 24. L’un d’eux n’avait vécu que 2 semaines dans le centre d’apprentissage par secousse électronique, une erreur dans la sélection. Grâce à l’émission la population mondiale avait accès à de véritable cours de science éclairé. En effet, toutes les expériences et tous les examens pouvaient être suivi pratiquement en direct et explicité de 17h à 20h. Plusieurs scientifiques intervenaient pour raconter leurs travaux en détail, et pouvaient parfois répondre à des questions des spectateurs. La preuve à l’appuie, il devenait évident que si nous n’avions pas encore découvert de quoi était atteint ses enfants, cela ressemblait à une pathologie difficilement curable. Néanmoins, de gros progrès étaient observés sur une dizaine d’entre eux à peine 3 mois après leur arrivée dans le centre. Certaines molécules semblaient prometteuses.
Siméon  avait atteint sa 9ème année quelques jours avant de recevoir le message : vous avez été sélectionné pour participer à l’émission dont le lancement aura lieu dans deux semaines. Des gardes de l’empereur vous y accompagneront. Bravo à vous. D’autres consignes vous seront transmises ultérieurement. Nous vous rappelons que toutes tentatives d’évitement mettra votre famille en péril. N’oubliez pas qu’aucun lieu de cette terre qui n’échappe à la  juridiction et la protection de l’empereur. Tout refus d’obtempérer sera soldé par la destruction de votre bastion. Merci de votre coopération et bonne chance. »
Anès et Naya avaient eux aussi reçu ce même message phonique le lendemain.
Les parents étaient partis pour une mission obligatoire de quelques semaines. Le type de mission donnés aux parents de fougueux. Il leur avait été accordé un droit exceptionnel de retrait, afin de rejoindre leur bastion et de pouvoir suivre l’étude et évolution de leurs trois enfants. A leur arrivé, les trois enfants avaient déjà été signalé comme disparu, et leur habitation avait été détruite. Leurs 6 autres enfants avaient été envoyé en mission. Ils attendaient les directives du régime.
Siméon était un petit blondinet, yeux en amande et regard toujours soutenu. Il était le 7ème de la fratrie du bastion dans lequel il vivait mais le premier à avoir une incapacité à entrer dans l’ordre établi. Il était suivi de près par Anès, un petit garçon vif, aux cheveux noirs, aux grand yeux ronds, qui avait une admiration sans borne pour son frère Siméon. C’est Siméon qui lui avait montré des livres interdits. Il les avait trouvé sous le cadavre d’un vieil homme avant que les bruleurs ne viennent récupérer sa dépouille. Les bruleurs mettaient rarement plus de deux jours avant de venir chercher les cadavres. Siméon avait fait une spécialité de repérer les personnes qui mourraient et de visiter leur bastion avant les bruleurs. Siméon et Anès avaient fait plusieurs excursion avant d’y inclure  Naya lors de leur épopées. Elle avait repéré leurs activités. Naya avait atteint l’âge légal de 4 ans, qui lui donner le droit de participer aux activités de la communauté. Comme ses deux frères, elle semblait ne pas parvenir à tenir les fonctions qui lui étaient demandés, fonctions qui étaient pourtant étudiées pour correspondre à l’âge et à la personnalité de chacun. Elle avait  le physique d’une petite prometteuse, cheveux bouclés, couleur ébène, ses yeux aux regards perçant ne regardaient jamais directement les ainés. Sur son visage gardait les stigmate d’une brulure à l’huile bouillante subit deux ans auparavant. Naya avait beaucoup d’assurance, et n’avait pas hésité à menacer de tout révéler, si Siméon et Anès ne l’acceptaient pas dans leur groupe d’excursion. Siméon aimait bien l’imagination de Naya mais craignait que sa spontanéité ne viennent les mettre en péril. Elle s’était montrée très astucieuse pour découvrir des objets interdits et nocifs, lors de certaines visites pré-bruleur. Elle ne craignait ni le cadavre, ni le risque de croiser des bruleurs. Seule sa détermination à découvrir ce qui lui était caché guidait ses actions.
Les trois jeunes gens ne voulaient pas suivre les consignes de leur vie, pas plus que partir dans ce centre aux promesses qui leur paraissaient plus que douteuses. Lors d’une excursion, Anès avait découvert un manuscrit rédigeait par une vieille femme. Elle y décrivait des lieux libres. Les trois fougueux avaient pris l’habitude de poursuivre l’écriture du manuscrit secrètement, en imaginant une suite à leurs goûts. C’était devenu malgré eux, un rituel scellant leur activité interdite.
Le soir suivant la réception du message phonique, Siméon s’interrogea sur la véracité du manuscrit de la vieille. Et si ces lieux existaient ? si elle n’avait pas laissé libre cours à son imagination, mais qu’elle avait laissé dans ces écrits, le plan d’accès à une terre différente.
Malgré l’inquiétude que représentait une telle épopée, Siméon décida d’en parler à son équipe. Anès avait été immédiatement convaincue de l’hypothèse de son frère. Naya y voyait l’occasion d’éviter le centre et de profiter d’une nouvelle aventure avec ses deux frères. Leur décision était prise.
Dès le lendemain, ils s’attelèrent à préparer leur départ de façon minutieuse et décidèrent d’appeler leur destination du nom du dessin griffonnait par la vieille « une si jolie petit plage ». C’est là qu’ils iraient. C’est là(bas qu’ils partiraient pour échapper à ce qui semblait être leur unique chemin de vie  auquel ils refusaient obstinément de se soumettre.


 

 

 

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5 réflexions sur “Les histoires de l’été – « Une si jolie petite plage »

  1. J’aime beaucoup vos 2 histoires, elles sont très bien écrite, je trouve.
    J’ai particulièrement aimé la chute de Ges, je pourrais presque la trouver poétique!

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  2. Merci. J avais déjà commencé à critiquer ce que j’avais écrit (mal écrit..idée nulle)..et puis non vous dites le contraire:-).

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