Les histoires de l’été – « Du rififi dans la bouillabaisse »

Y a du rififi moi je vous le dis !!

 

Par Uneanalysante

En cette fin de matinée, les clients affamés commencent à envahir les tables de « La Bouillabaisse » situé sur le Vieux Port. Si les touristes s’entassent sur la terrasse malgré la chaleur écrasante qu’un faible mistral ne parvient pas à dissiper, les habitués ont compris depuis longtemps qu’il faisait bien meilleur à l’intérieur. Ce n’est pas parce que le restaurant a pour spécialité les fruits de mer qu’il faut se transformer en écrevisse !

Un quatuor haut en couleurs quoiqu’aux cheveux blancs, s’est ainsi installé à sa table attitrée. Pas pour manger, non, ça c’est pour les fadas qui ne savent pas ce qu’il se passe en cuisine depuis qu’un cuistot chinois du nom de Bao en a pris les commandes ! Pour y jouer à la belote.

Ils occupent donc leur place stratégique située sous les pales du ventilo réglé au minimum pour ne pas faire envoler les cartes. En plus, ils ont à leur gauche le téléviseur pour pouvoir regarder l’OM mettre sa pâtée aux enc… du PSG et à leur droite une vue directe sur l’extérieur pour mater les jolies filles qui passent dans la rue. À presque trois cents ans à eux quatre, ils ont compris qu’il fallait profiter de chaque plaisir que la vie leur propose encore tant qu’ils le peuvent. Et bien que leur tuyauterie se soit considérablement entartrée au fil des années, ils partent du principe qu’être au régime n’a jamais empêché personne de regarder le menu.

La carte du jour semble d’ailleurs plutôt alléchante puisque cela fait plusieurs minutes qu’ils attendent que Dédé, le doyen de leur tablée, joue enfin sa carte. N’y tenant plus, son partenaire Marcel lui demande d’un ton peu avenant :

— Bon alors, tu fais quoi, là ? Tu joues aux cartes ou tu regardes les filles ?

— Té ça va, je ne suis pas comme toi, je n’ai pas perdu tous mes neurones, moi. Je peux faire les deux !

— Alors fais-le !

—Mais les gars, vous n’avez pas vu cette cagole, dehors ? Ça fait trois fois qu’elle passe devant nous. Parole, elle a presque réussi à réveiller mon canari !

Espérant aussi un miracle, tous posent leurs cartes pour regarder la blonde peroxydée que Dédé leur désigne du doigt. Dans une volonté probable d’économie de tissu, sa micro minijupe moule plus qu’elle ne cache des fesses rondes qui oscillent en rythme avec ses seins pomelos à chacun de ses pas rapides. Elle regarde partout autour d’elle en appelant comme si elle cherchait quelqu’un.

— Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fend le cœur de la voir tourner comme ça…

Jules réagit aussitôt en relevant l’expression :

—Dis donc Dédé, tu ne nous la joues pas à la Pagnol, quand même. Tu crois qu’on n’a pas vu le film ? Tu mates ou tu triches ?

Vexé, Dédé prend sa canne d’olivier, se lève lentement et les plante là en leur annonçant qu’il file secourir la jeune dame en détresse. Quoique filer soit un mot qui surévalue considérablement la vitesse de déplacement du centenaire. Il est donc rapidement dépassé par ses partenaires de jeu qui se précipitent à leur tour vers la belle. Quand Dédé les rejoint enfin, furieux contre ses amis indélicats, il est trop essoufflé pour le leur faire savoir.

Une bruyante altercation sur la terrasse les empêche cependant d’engager la conversation : une cliente attablée n’est apparemment pas contente de son repas et le fait savoir à Bao. Le visage rouge de colère, la sexagénaire pointe un doigt tremblant et accusateur sur son assiette en hurlant au scandale :

—J’ai trouvé ça dans ma bouillabaisse !

Tous étirent leur cou ridé pour regarder ce qu’elle montre, mais ils sont trop loin. Heureusement, elle précise :

—Un os ! Vous vous rendez compte !

Le cuisinier se gratte le menton et tente une réponse :

—Quand pêche mauvaise, pas beaucoup de poissons…

Mais elle continue de plus belle :

—Et en plus, vous avez aussi fait tomber votre pendentif dans le plat, j’ai failli l’avaler et m’étouffer. Regardez !

Le médaillon doré, orné de brillants, scintille dans le soleil, mais Bao secoue la tête, indigné :

—Ah non, ça, ce n’est pas à moi

Effectivement puisque leur belle en détresse les interrompt en hurlant, avant d’éclater en sanglots :

—Rififiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! C’est sa médaille !

La belle a du coffre, ainsi qu’ils avaient pu le remarquer, pourtant Filou doit avoir un problème de sonotone puisqu’il leur demande :

—Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à crier comme ça ?

—Té, on dirait bien qu’il y a du rififi dans la bouillabaisse !

 

 

 

bouillabaisse.jpg

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25 réflexions sur “Les histoires de l’été – « Du rififi dans la bouillabaisse »

        1. Et bien qq 1 participait il me semble. Je regarderai dans.mes emails. Mais j aviue que faire la police pour relancer les partcipants m ennuient.

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    1. Je lis mes emails et mes spams merci de t’en inquiéter. Lorsqu’on envoie qqch il me semblait qu’on attendait 1 accusé réception en retour. Mais il n est jamais trop tard.

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  1. Non, mais les mails de retour se perdent dans les habitudes et je ne connais pas les tiennes
    Par ailleurs, j’avoue qu’après avoir écrit le texte et l’avoir envoyé dans les temps, je l’ai programmé pour le mettre chez sur mon blog et je suis passée à autre chose.

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  2. @ uneanalysante, merci pour ton histoire. Je viens de passer un bon moment. Je crois que je viens de me faire passer pour folle dans le train…. 😉
    J’ai pas pû m’empêcher d’éclater de rire alors que tout le monde fait la tronche dû au retard accumulé de mon train. 😀

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  3. C’était fait exprès la mise en ligne un peu conflictuelle du récit ? Pour nous mettre dans l’ambiance du Sud ? À se demander si vous n’êtes pas toutes les deux originaires de cette région 😉
    Le texte est à la hauteur de cette belle ville : super !

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  4. Bravo ! Une entrée en scène du texte à la hauteur du contenu !!
    Du coup pour le titre « cannibale » faut s’attendre à quoi ?

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  5. Alors là chapeau mesdames! Belles mises en scène! J’ai presque entendu les cigales et senti le pastis! Je me suis crue sur le terrain de boules où les joueurs s’invectivent au son de l’accent chantant du sud et dans un patois qui laisse pantois! Merci pour ce moment.😉

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  6. Très drôle! Je m’y croyais aussi. Juste une petite remarque: il me semble qu’on ne dirait pas « Parole » mais « MA parole! ». Bon après-midi!

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